Le contentieux dominant de la pneumologie

Retard de diagnostic du cancer bronchique : perte de chance

Un nodule jamais exploré, une toux mise sur le compte de la BPCO, un scanner repoussé : c'est là que le pneumologue est le plus souvent mis en cause.

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Perte de chance

Pourquoi l’indemnisation porte sur une fraction du dommage

C'est le point le plus mal expliqué, et c'est pourtant lui qui fixe le montant.

Réponse directe

Une fraction, jamais le tout

Si un retard fautif est retenu, vous ne répondez pas du cancer. Vous répondez de la chance perdue d'un diagnostic plus précoce. La Cour de cassation le dit clairement (1re civ., 8 février 2017, n° 15-21.528) : cette perte de chance est une fraction des préjudices et « ne peut être égale aux atteintes corporelles résultant de l'acte médical ».

Le juge administratif dit la même chose depuis le Conseil d'État du 21 décembre 2007 (Centre hospitalier de Vienne, n° 289328) : le dommage réparable n'est pas l'atteinte corporelle, mais la chance perdue d'y échapper. Il est évalué à une fraction du dommage, selon l'ampleur de la chance perdue.

Conséquence pratique : l'expert ne cherche pas seulement la faute, mais de combien le pronostic aurait changé sans elle. Stade quand l'anomalie était visible, stade au diagnostic, survie attendue dans chaque cas : c'est cette discussion qui produit le pourcentage.

La limite : pas de perte de chance si la faute n’a rien changé

La perte de chance suppose qu'une issue favorable ait disparu. S'il est établi que le traitement et l'issue auraient été les mêmes, il n'y a rien à indemniser, même en cas d'erreur d'interprétation. La faute existe, mais pas de lien avec un dommage réparable.

Décisions

Ce que disent les décisions réellement publiées

On ne cite ici que des décisions identifiées, datées et numérotées. Les « cas types » sans référence ne valent rien devant un expert.

CAA de Marseille, 11 décembre 2023, n° 22MA01625 : retard sur une masse thoracique

Un patient de 35 ans, hémophile, consulte en août 2015 pour des douleurs lombaires et une hématurie. Une masse de 30 mm est prise pour un hématome. Le cancer est diagnostiqué en mars 2016, le patient décède en décembre. Pour la cour, « des explorations complémentaires auraient dû être réalisées ». Perte de chance : 75 %, puis 50 % pour la période suivante.

CAA de Lyon, 2 avril 2020, n° 18LY01564 : embolie et démarche interrompue

Une patiente de 60 ans, suivie pour une apnée du sommeil sous ventilation nocturne, arrive pour dyspnée et douleurs thoraciques. D-dimères à 1 650 ng/ml. Elle décède le lendemain d'une embolie pulmonaire. La cour reproche au médecin de s'être « engagé dans un dosage des D-dimères » sans poursuivre « jusqu'au bout sa démarche de diagnostic ». Perte de chance : 80 %.

Cass. 1re civ., 4 septembre 2024, n° 23-17.767 : plusieurs praticiens en cause

Retard de diagnostic d'un lymphome suivi d'une paraplégie : généraliste, radiologue, ostéopathe et établissement en cause. Perte de chance : 75 %. Chaque responsable d'un même dommage doit le réparer en totalité ; le partage ne joue qu'entre coauteurs. Le patient n'a pas à répartir les responsabilités.

Ce qui n’a pas été trouvé, et ne sera pas inventé.

Aucune décision publiée de la Cour de cassation ou du Conseil d'État sur un nodule pulmonaire vu et non exploré n'a été identifiée. Le scénario est très décrit par les assureurs, mais sans décision consultable. Mieux vaut le dire que citer un arrêt approximatif. Le mécanisme juridique, lui, est établi par les décisions ci-dessus.

Le compte rendu

Le compte rendu d’imagerie : qui a vu quoi, qui devait agir

C'est le nœud du dossier. Une anomalie écrite dans un compte rendu ne protège ni celui qui l'a écrite, ni celui qui l'a reçue.

Première décision : Cass. 1re civ., 16 janvier 2013, n° 12-14.097. Un radiologue avait noté une « solution de continuité » du matériel d'arthrodèse, terme exact, dans un compte rendu envoyé au prescripteur. Pour la Cour, cet envoi ne dispense pas le radiologue d'informer lui-même le patient, de façon claire et adaptée.

Seconde décision : Cass. crim., 4 juin 2013, n° 12-84.543. Un cathéter central mal placé, visible sur une radio, entraîne un décès par épanchement pleural. Le radiologue est condamné pour homicide involontaire : il avait transmis ce résultat urgent à une aide sans vérifier que le prescripteur l'avait reçu.

Écrire l’anomalie ne suffit pas
Une mention perdue dans un compte rendu, sans conclusion ni conduite à tenir, ne protège pas celui qui l’a écrite.
Transmettre ne suffit pas
Un résultat important doit atteindre son vrai destinataire. Une transmission à un tiers, sans vérification, a déjà valu une condamnation pénale.
Recevoir engage
Le clinicien qui reçoit un compte rendu signalant une anomalie en devient comptable. Ne pas l’avoir lu n’est pas une défense.
Le rappel du patient se trace
Appel, courrier, message : la trace de la tentative de rappel compte, en expertise, autant que le geste lui-même.
Le patient doit comprendre
L’information doit être adaptée au patient : un terme technique exact n’est pas une information délivrée.

Le contentieux du diagnostic

Perte de chance, expertise longue, réclamation tardive : il faut un contrat qui tient dans la durée.

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Les scénarios

Les trois scénarios qui reviennent en pneumologie

Le nodule de découverte fortuite

Un scanner demandé pour autre chose (bilan cardiaque, traumatisme, douleur abdominale) montre un nodule pulmonaire. Il est mentionné, parfois en fin de compte rendu, et personne ne le reprend. Des mois plus tard, la question est simple : qui devait organiser le suivi, et qu'a-t-on écrit de cette décision ?

La BPCO qui explique tout

Chez un fumeur atteint de BPCO, la toux, l'essoufflement ou les crachats qui s'aggravent sont mis sur le compte de la maladie. C'est souvent juste. Le reproche ne porte pas sur l'hypothèse, mais sur l'absence de réévaluation quand les symptômes ne cèdent pas comme prévu.

La bronchite qui traîne

Une toux persistante traitée par plusieurs antibiotiques de suite, sans imagerie du thorax. Le délai s'accumule de consultation en consultation, sans qu'aucune ne soit fautive seule. C'est la trajectoire entière que l'expert reconstitue.

La défense se construit avant la réclamation.

Ce qui vous défend, ce n'est pas la justesse de votre décision vue après coup : c'est la trace écrite du raisonnement. Votre hypothèse, ce que vous avez dit au patient, quand vous l'avez revu, ce que vous aviez prévu si l'évolution déçoit. Un dossier qui montre une démarche se défend. Un dossier muet, non.

Information

L’information du patient, et à qui il revient de la prouver

Art. L.1111-2 du code de la santé publique

C’est au médecin de prouver qu’il a informé

L'information porte notamment sur « les risques fréquents ou graves normalement prévisibles », sur les autres solutions et sur les conséquences d'un refus. Elle est donnée lors d'un entretien individuel. Si des risques nouveaux apparaissent ensuite, le patient doit en être informé.

Surtout : « En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée. » Cette preuve se fait par tout moyen.

Cette charge de la preuve vient de l'arrêt Hédreul (Cass. 1re civ., 25 février 1997, n° 94-19.685), ensuite inscrit dans la loi.

Deux préjudices peuvent en découler. La perte de chance d'éviter l'acte. Et, depuis Cass. 1re civ., 3 juin 2010, n° 09-13.591 et 23 janvier 2014, n° 12-22.123, le préjudice d'impréparation : si le risque non annoncé se réalise, le patient n'a pas pu s'y préparer, et ce préjudice doit être réparé, même sans perte de chance.

Côté assurance

Ce que ce contentieux exige de votre contrat

Le plafond
Une perte de chance élevée sur un cancer, chez un patient jeune et actif, peut coûter très cher. Les 8 M€ de l’art. R.1142-4 CSP sont un plancher légal, pas une cible.
La garantie défense
Ce contentieux se joue en expertise, sur des années. Avocat, médecin-conseil, sapiteur en oncologie thoracique : c’est la garantie défense qui paie.
La garantie subséquente
Un retard de diagnostic se révèle tard. 5 ans après résiliation, 10 ans pour le dernier contrat avant cessation ou décès (art. L.251-2 c. assur.) : à vérifier avant le tarif.
La prescription
10 ans depuis la consolidation du dommage (art. L.1142-28 CSP), sans délai butoir de 20 ans. Le passé reste ouvert longtemps.
La pluralité de responsables
Radiologue, généraliste, établissement : vous pouvez devoir réparer en totalité, le partage ne jouant qu’entre coauteurs. Ne comptez pas sur la dilution.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur le retard de diagnostic

Qu’est-ce que la perte de chance en matière de retard de diagnostic ?
C'est la règle d'indemnisation : le praticien ne répond pas de la maladie, mais de la chance perdue d'un diagnostic plus précoce. L'indemnité est une fraction des préjudices, mesurée sur la chance perdue, et n'égale jamais l'atteinte corporelle (Cass. 1re civ., 8 février 2017, n° 15-21.528).
Un nodule mentionné dans le compte rendu protège-t-il le radiologue ?
Non. Pour la Cour de cassation (1re civ., 16 janvier 2013, n° 12-14.097), envoyer le compte rendu au prescripteur ne dispense pas le radiologue d'informer lui-même le patient, en termes compréhensibles. Un terme technique exact n'est pas une information délivrée.
Le clinicien qui reçoit le compte rendu est-il responsable ?
Il en devient comptable. Ne pas avoir lu, ou ne pas avoir repris une anomalie signalée, n'est pas une défense. L'expert examinera la trace de la lecture, de la décision prise et de la tentative de rappel du patient.
Attribuer une toux à une BPCO connue est-il fautif ?
Pas en soi : c'est souvent l'hypothèse la plus probable, et vous êtes tenu d'une obligation de moyens, jugée sur ce qu'on savait ce jour-là. Ce qui est reproché, c'est l'absence de réévaluation quand l'évolution n'est pas celle attendue.
Quels taux de perte de chance sont retenus en pratique ?
Ils varient selon le dossier. Dans les décisions publiées vérifiées : 75 % (CAA Marseille, 11 décembre 2023, n° 22MA01625, et Cass. 1re civ., 4 septembre 2024, n° 23-17.767) et 80 % (CAA Lyon, 2 avril 2020, n° 18LY01564). Il n'existe aucun barème : le taux sort de l'expertise.
Combien de temps un patient peut-il agir ?
Dix ans à compter de la consolidation du dommage (art. L.1142-28 CSP), sans le délai butoir de vingt ans du code civil. D'où l'importance de la garantie subséquente de votre contrat.

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Le contentieux du diagnostic exige un contrat solide pneumologue

Plafonds, défense et subséquente : les trois lignes qui comptent quand la réclamation arrive des années après.

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